
Hubert Lambert, vous connaissez ? Et si je vous fit Hachel ? Un peu mieux mais pas beaucoup plus quand même. En fait Hachel est ce qu’on appelait autrefois un nègre et aujourd’hui un ghostwriter, encore qu’il serait plus juste de parler de ghostdesigner ou de ghostartist.
Né en 1945 il commence à publier quelque gags sans parole chez Spirou, il a alors 20 ans et l’aventure durera deux ans. En 1967 il rencontre Mitteï dont il devient l’assistant de l’ombre. Son mentor le présente à Edouard Aidans qui utilise également ses services. Il réalise ainsi à la perfection des histoires des Franval dans Tintin Sélection et même Le Peuple des Arbres, une aventure à suivre de Tounga.
C’est ainsi qu’il se crée un nom dans le milieu de la BD belge. La presse d’Outre-Quiévrain va d’ailleurs beaucoup l’utiliser. Il reprend ainsi le personnage de Dic Dinn en 1968, série qu’il animera jusqu’en 1983 dans la page hebdo jeune de Vers l’Avenir. À maints égards notre Dic Dinn est une prolongation du Bob Binn qu’Hachel dessinait déjà dans Bob Binn. Un journaliste, détective à ses heures, qui vit des aventures humo-ristiques telles Rock Derby.
D’accord nous sommes loin de Gil Jourdan mais le pu-blic visé au départ est plus jeune pour autant le série est fort estimable et s’ancre dans le contexte d’ue époque. Les lecteurs y trouvaient moult clins d’oeil avec les célébrités du moment.
Pierre Bellemare ? Non, pierre Belleflaque ! D’accord, ces jeux de mots sont un peu dans la lignée « chatouille-moi que je rigole » mais n’oublions le public auxquels ’ils étaient destinés initialement. Ceux de Goscinny aussi me direz-vous; mais n’est pas Goscinny qui veut !
Mais quand il le faut Hachel va au-delà. Vous verrez page suivante comment il brise le fameux quatrième mur du théâtre en faisant intervenir le lecteur. Il joue également de l’autodérision quand on voit un duo de « méchants » s’éloigner en laissant entendre qu’ils ne sont bons qu’à faire de la BD.


La composition est d’autant plus intéressante que plus les personnages s’éloignent plus la taille des lettres rapetisse. Une ap-proche courante aujourd’hui –et encore, mais totalement novatrice en 1969 quand Hachel relance le personnage. En 1969 il crée pour Tintin le personnage de Benjamin qui sera en quelque sorte son bâton de maréchal puisque c’est cette série qui aura le plus d’albums édités. On touche là le paradoxe de cet artiste. Voici un professionnel qui n’a jamais cessé de travailler –heureusement pour lui, a collaboré avec nombre de collègues et qui finalement n’a jamais atteint la notoriété que les albums apportent. Il n’a connu que des éditions confidentielles voire tout simplement de l’autoédition.
Pourquoi un tel ostracisme où pourtant tant d’auteurs
médiocres ont eu droit aux projecteurs ?
La qualité de son dessin ne peut être remise en cause, même comparée aux meilleurs dessinateurs humoristes. La raison est à chercher ailleurs. En fait la production d’Hachel, charmante au demeurant, a toujours été essentiellement tournée vers les enfants. Puppy en est un excellent exemple même si les plus grand peuvent y jeter un oeil attendri. Charlequin, 600 strips au Puppy (1968) et Charlequin (1972)
compteur tout de même, appartient à un registre similaire qui arrache un sourire pour être rapidement oublié. Il est arrivé la même mésaventure à Robert Moreau (1928-2006), Claude Marin (1931-2001) ou encore Francis (1937-1994), vite catalogués auteurs enfantins où d’ailleurs ils firent merveille alors que leur palette était celle des plus grands.
C’est le cas d’Hachel; que Greg le choisisse pour qu’il anime Papa Talon en dit long car le Victor Hugo de la BD –il excellait dans tous les genres, s’est rarement trompé sur le choix de ses collaborateurs. Cet éparpillement a sans doute nui à la renommée d’Hachel, d’autant qu’il a aussi œuvré dans le domaine des jeux et de la publicité, il faut bien vivre.
Alors s’il n’appartient pas au Panthéon des géants de la BD, Hachel fait partie de ces solides artisans sur lesquels on pouvait compter particulièrement dans des séries de complément. Ce Dic Dinn que ses commanditaires lui demandent d’abandonner en 1976
en est un assez bon exemple.
Je vous confie donc aux bons soins de Dic Dinn, du père Toucroulant et de Barbotine, la fille du célèbre commandant Couche-teau !






Nous remercions Voltaire 57 pour ce magnifique album.
Album nº671 réalisé par Voltaire57
Publié par Monsieur Augustin