Parce qu’il a été traumatisé de ce qu’il a vu pendant la guerre,
Moroni Fenn s’est mis à boire plus que de raison.
La chose n’est pas très bien vue chez les Mormons, dont il fait partie.
Le voici après une nouvelle gueule
de bois condamné à aller défendre une colonie de frères installés
au Mexique. Nous sommes en 1920 et les
derniers feux de la révolutions brûlent encore.
Arrivé sur place il libère Bui, une enfant indienne, qu’un escroc exhibe comme une bête de foire. Il s’installe également
dans la posada Grijalva tenue par la bien jolie Guadalupe et trois années passent dans le bonheur le plus complet.
À ceci près que le tonton de la jeune femme, Merejildo Grivalja qu’on appelle plutôt Meri, est un brin cintré.
Enlevé môme par des Apaches, il a vécu parmi eux plusieurs années, a appris les connaitre
et sait lire les pistes, se cacher, se glisser
en silence comme un guerrier. Mais il
en a aussi gardé une haine inextinguible.
Il sait aussi que tôt ou tard des Apaches viendront
reprendre Bui car c’est l’une des leurs, même si elle est heureuse
avec ses parents adoptifs.
On retrouve la base des films comme Le Vent de la Plaine ou Les Rodeurs de la Plaine.
Philippe Nihoul a qui l’on doit quelques titres dans la série Les Reines de Sang avait
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LE VRAI MEREJILDO GRIJALVA (1840-1912) |
déjà signé en 2010 Snuff, une série violente. Celle-ci n’échappe pas à la règle et vamonter crescendo jusqu’à son paroxysme final.
Il s’agit d’un western bigrement original. D’abord parce que situé dans les années 20,
à une époque où les tribus indiennes sont largement pacifiées. Le dossier historique
qui accompagnait le premier album donnait d’ailleurs des précisions sur l’existence de
tribus qui vivaient encore libres dans la sierra Madre.
Il incorpore d’ailleurs les biographies, photos d’époque à l’appui, de Merejildo Grivalja,
Guadalupe, Bui et Moroni Fenn. Tout cela est bien sûr bidon même s’il a vraiment existé un Merejildo Grijalva (1840-1912)
qui a bien été enlevé à l’âge de 9 ans par les Chiricahuas, en a connu tous
leurs secrets et fut par la suite scout pour l’armée américaine.
On trouve également la trace d’un Moroni Fenn (1887-1962) qui
semble-t-il était bien mormon, a réellement vécu dans une colonie
mormone au Mexique, Colonia Diaz, mais s’est marié en
1905 avec Vermina Staley et a eu 7 enfants avant de retourner
aux Etats-Unis en 1940.
Bref Nihoul s’amuse à nous balader en insérant des éléments
authentiques. Ainsi il y a bien eu aux Etats-Unis comme au
Mexique et même en Argentine quelques exactions tardives. Le
dernier a été recensé en 1937 au Mexique mais Dieu merci sans
la violence extrême de cette histoire.
Quand cette violence existait, elle était surtout le fait des
blancs. Ainsi le 19 juillet 1924 colons et policiers argentins ont
massacré un demi-millier de Qoms et Moqoits dont le seul tort
était de vivre.
Ce massacre de Napalpi fut planifié de longue main, ainsi pour
mieux repérer les futures victimes, fut envoyé un avion de
reconnaissance. Il existe d’ailleurs une photo (voir page suivante)
où l’on voit une vingtaine de personnes attroupées
devant l’avion. Pire encore, réalisant (enfin) qu’ils avaient
commis un crime tous ces « braves gens » cherchèrent à
éliminer les témoins survivants dans les semaines qui suivirent.
Enrique Lynch Arribálzaga (1856-1935) dénonça d’ailleurs
le massacre dans une lettre lue en plein Congrès argentin.
L’AVION DE RECONNAISSANCE QUI PERMIT LE MASSACRE DE NAPALPI
On retrouve cette anecdote de l’avion dans la
BD que vous allez lire.
Un western est par nature toujours violent, les
lecteurs ou spectateurs sont donc habitués à
ces coups de feu et ces morts qui tombent dans
la poussière. Celui-ci respecte ces codes pendant
les deux premiers tiers de l’histoire, puis
grimpe d’un cran, le dernier volet étant une
montée tout aussi violente que cruelle. Elle est d’autant
plus insupportable qu’elle vient en contrepoint d’un bonheur
qu’on espérait aussi paisible que parfait.
Les âmes sensibles sont donc prévenues.
Encore une fois Daniel Brecht nous offre
un dessin tant lisible que détaillé.
Qu’on ne fasse pas davantage appel à son talent est l’un de
ces mystères que
le monde de l’édition nous réserve avec une
égularité de métronome.
Mieux encore nous avons avec cet artiste un amoureux du
western qui de plus y est particulièrement à son affaire.
Sur les 10 albums dont il a assuré les dessins,
c’est peu compte tenu de son talent, 9 sont des westerns.
Souhaitons qu’un jour un éditeur intelligent ou compétent,
ces deux qualités cumulées se faisant de plus en plus
rares, puisse lui donner vraiment sa chance.
Comme disait Pierre Dac : « La chance est une question de veine ! »
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| BRECHT : UN MAÎTRE DU WESTERN
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Nous remercions Voltaire 57 pour ce magnifique album,
Album nº 615 réalisé par Voltaire57
Publié par Monsieur Augustin