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dimanche 5 avril 2026

The Good Asian 1936 - Compilation de Voltaire57 (V.O.)

 

C ’est une histoire dense, complexe bien que toujours fluide qui intègre
 l’air de rien des aspects historiques comme la
ségrégation pour ne pas dire le racisme subi par les Asiatiques 
aux Etats-Unis jusqu’à la moitié des années 60.

Edison Hark est un policier d’origine chinoise qui exerce à Hawaï.
 La chose est alors impossible aux Etats-Unis vu
l’interdiction qui frappe les « Asiatiques et les Arabes » (sic !). 
Mais en 1936, époque de cette histoire, Hawaï n’est pas
encore un état américain, il ne le deviendra qu’en 1960 avec l’Alaska, 
et de ce fait on y tolère davantage de choses. 
Ce détail peut paraître choquant, il l’est, mais il est important
 car à plusieurs reprises dans son enquête qui se déroule
 à San Francisco
personne n’osera croire qu’il est un flic.


D’ailleurs à son arrivée en Californie, Edison, comme tous les
Asiatiques est enfermé sur Angel Island. Le tremblement de
terre de San Francisco en 1906 avait provoqué de multiples
incendies lesquels avaient détruit les registres officiels. De ce
fait beaucoup de faux papiers avaient été créés permettant
aux illégaux de se faire passer pour Américains. Le gouvernement
avait très officiellement réagi en enfermant tous les suspects
sur Angel Island au large de San Francisco. La mesure
s’appliquant à tout nouvel arrivant Eddy se retrouve coincé là
attendant que les autorités statuent sur son sort. Parmi les
outils pour déterminer si le postulant est un Américain pur
sucre figure d’ailleurs un test de 105 questions. Ceux qui
échouent ou sont rejetés par l’administration sont
 tout simplement  renvoyés en Chine.



Mais Eddy n’aura qu’à attendre 10 jours, régime de faveur, car il a 
autrefois été adopté, de facto, par Mason Carroway un
millionnaire local qui a fait fortune dans l’industrie sucrière. Sa mère
était l’une des domestiques de la famille Carroway ayant été assassinée,
le tycoon l’a élevé comme un fils. Eddy est venu à San Francisco à la
demande de son frère adoptif, Frankie, car leur père, Mason, est dans le
coma depuis que Ivy Chen, une jeune domestique d’origine chinoise de
25 ans a quitté la demeure. Il semble bien que la belle jeune femme était
plus qu’une simple domestique pour Mason qui ne s’est pas remis de son
départ.
La retrouver dans le dédale de Chinatown permettrait, peut-être de remettre
le vieillard d’aplomb. Qui mieux qu’Eddy pourrait être en mesure
de retrouver cette jeune femme. Commence alors une enquête dans
Chinatown, l’occasion pour le scénariste de nous montrer le quotidien de
ses habitants et l’ostracisme qu’ils subissent.

À cette quête se mêle une enquête puisqu’un tueur en série frappant
avec une hache sévit. On l’identifie au mythique Hui Long ce qui voudrait
dire que l’une des plus fameuses triades chinoises, les Tongs, ferait sa
réapparition. D’où une pression et une violence accrue de la police.

Le scénariste Pornsak Pichetshote, lui-même d’origine philippine, a
l’intelligence de nous présenter ces différents aspects historiques par
petites touches et non par un cours ex-cathedra. Sa narration est truffée
d’anecdotes. Ainsi il est vrai que le central téléphonique de Chinatown
était unique en son genre. Les abonnés en décrochant étaient connectés
au standard, là plutôt que de donner un numéro de téléphone ils demandaient
à parler à leur cousin Lee, ou à leur mère ou M. Chang, etc. Les
opératrices rompues à l’exercice s’exécutaient sans se tromper.

Nous avons donc à la fois une très histoire policière mais aussi 
un excellent documentaire magnifiquement servi par les dessins
d’Alexandre Tefengki, un Français –cocorico. Diplômé de Saint-Luc,
 La Mecque de l’apprentissage en BD, il nous offre
des dessins magnifiques. Ça c’est déjà beaucoup et pourtant 
ce n’est rien encore. Mises en page originales et toujours
fluides, lés panoramiques, doubles pages, plongées, gros plans, etc.

Le coloriste, Lee Loughridge, est à l’unisson. 
Ses couleurs sont pleines de nuances, ombrées ou en aplat quand il le faut.
D’autres talentueux dessinateurs ont fait partie de la fête
 en proposant des couvertures alternatives souvent de toute beauté.


Ce n’est donc pas un hasard si cette histoire a raflé une Eisner, 
a été nommée livre Harvey de l’année et incluse par de
multiples sites ou revues comme dans leur liste
 des meilleurs livres de l’année.

C’est très franchement mérité dans la mesure où nous avons 
non seulement une superbe histoire bien menée, qui donne en
outre matière à réflexion car basée sur des comportements 
authentiques, mais aussi une oeuvre d’art où chaque planche
accentue le plaisir de la lecture.

Ne vous laissez pas rebuter par certains mots tirés du cantonais 
comme par exemple gweilo qui désigne un blanc caucasien,
cela participe à l’immersion dans le récit, internet vous donnera 
illico le sens. De même les premières planches ne font à
proprement parler pas partie de l’enquête mais sont nécessaires 
dans la mesure où elles donnent l’atmosphère de l’époque.


Ceux qui ne connaissent pas cette histoire ont de la chance
 car ils vont découvrir une perle, pour les autres il s’agira d’une
madeleine !







Nous remercions Voltaire 57 pour ce magnifique album en V.O., 
parfaitement édité.

  Album nº623 réalisé par Voltaire57

Publié par Monsieur Augustin



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