Avec 20.000 Lieues sous les Mers et Le Tour du Monde en 80 jours,
Michel Strogoff fait partie des trois romans les
plus célèbres de Jules Verne. Une dizaine de films, plusieurs séries TV,
une opérette, une pièce de théâtre et
d’autres babioles encore, sont là pour en témoigner.
Lorsqu’il écrit son roman (1875-1876) Verne s’inspire sans doute de
l’atmosphère de La Fille du Capitaine (1836) de Pouchkine,
l’Ogareff du Français empruntant plus
d’un trait au Chvabrine du Russe. Qui plus est la période est
à la russophilie. Ivan Tourgueniev
vit depuis de longues années en France et la fine fleur de
la littérature française va devant
de lui : Mérimée, Dumas, Flaubert, Zola, Daudet, Hugo, etc.
Un joli tableau de chasse, non ?
Michel Strogoff est en quelque sorte l’ancêtre du thriller.
Verne reprend la recette qui avait
si bien marché avec Le Tour du Monde en 80 jours. Dans les deux cas, il y a d’immenses
territoires à parcourir, semés de multiples dangers et dans les deux cas il faut faire au plus
vite : gagner un pari pour l’un, délivrer un message vital pour l’autre.
On retrouve cette mécanique dans la plupart des thrillers d’aujourd’hui.
Alors que Verne a cette image de sérieux, ses romans sont toujours très documentés, l’histoire
qu’il propose n’a rien d’authentique. Certes les Tartares, on parle désormais de Tatars (sauf pour le steak !) ont bien
soumis l’Europe orientale mais c’était au Moyen-Age.
Ces tribus turco-mongoles ont fait plier les tsars qui devaient payer
tribut.
Mais depuis le début du XVIe siècle les Russes on repris l’initiative et soumettent les unes après les autres les peuplades de
Sibérie et d’Asie centrale. Dès la fin du XVIIIe siècle elles ont cessé d’être une menace pour l’état russe et sont même devenues
une proie.
La carte ci-dessous indique bien les différentes étapes de l’expansion russe.
Mais cette conquête ne s’est pas faite sans douleurs. Tachkent est prise en 1865, Boukhara et Samarcande tombent en 1868
après de furieux combats. Un bon nombre de tableaux de l’époque montre la violence des batailles. Sans doute le plus célèbre
d’entre eux, Apothéose de la Guerre, sert d’ailleurs depuis pour montrer l’ignominie de toutes les guerres. Témoins de
cette conquête Vassili Verechtchaguine a peint ou dessiné environ 250 oeuvres qui montrent certes la guerre mais aussi de
nombreuses et pittoresque scènes de rues ou marchés, le tout étant regroupé sous le titre générique de ‘série de Tachkent’.
Quelques années auparavant les Russes se sont heurtés, dans le
Caucase cette fois, aux troupes avares de l’imam Chamil. Celui-ci
se soumet en 1859.
![]() |
| Bazar de Boukhara (1872) de Vassili Verechtchaguine |
Ce sont ces différents éléments qui ont vraisemblablement servi
de base à l’inspiration de Verne. À une époque où les lecteurs ne
savaient pas vraiment situer les lieux sur une carte et ne connaissaient
pas les tenants et aboutissants du contexte, le roman passait
donc pour crédible, d’autant là encore qu’il s’agit d’un pur
roman d’aventures.
Le succès n’a jamais été vraiment
démenti car outre l’action et donc
le suspense inhérent on y trouve la
romance entre Michel et Nadia et
le pointe d’humour grâce aux deux journalistes que sont l’Anglais
Harry Blount et le Français Alcide Jolivet.
Le roman aura quelques ‘suites’ comme La Petite-Fille de
Michel Strogoff (1927) d’Octave
Beliard ou Le Triomphe de Michel Strogoff (1961) un film de
Victor Tourjanski dans lequel
Curd Jurgens reprend le rôle qu’il avait tenu dans le film
de Carmine Gallone en 1956. Ce furent
tous deux de grands succès, le premier attira quasiment
7 millions de spectateurs et le
second 2,7 millions.
À noter que ce film sera adapté par le petit-fils du romancier
dans la collection de la Bibliothèque Verte.
Il était donc évident que la BD s’emparât de pareil personnage.
Mais adapter en une cinquantaine
de pages, rarement plus, une oeuvre qui en fait plus de 200
tient de la gageure.
Toute recension parait difficile à faire d’autant plus que selon les
éditions la couverture change.
On donne sur cette page différents
exemples. Il y a même des bizarreries ainsi
BDGest estime que la scénariste de Michel Strogoff dans
a collection Les Chefs d’OEuvre de la Littérature en BD
est Francine Blancini (sans doute la traductrice)
tandis que le dessinateur est Jesús Blasco.
Pourtant la version espagnole indique qu’adaptateur et
dessinateur ne font qu’un à savoir Juan García Quirós.
Nous donnons quelques exemples de différentes
versions. Le Classique Illustré était dessinée par Arnold
Hicks, la version française date de 1960, l’américaine de 1954.
Samedi Jeunesse offre sa version en 1961, celle des
Espagnols Fariñas (adaptation) et Guerrero (dessins) date de
1963. Armando Fernando (scénario) et Formento (dessins)
adaptent en 1984 en feuilleton le roman dans diverses revues
de l’éditeur argentin Columberos.
L’idée de cet album était de réunir plusieurs versions, trois
en l’occurrence, qui racontent par définition la même histoire
mais pas de la même façon.
L’épisode de l’ours par exemple ne revêt pas la même importance.
Chaque dessinateur a bien évidemment son style
mais là encore la manière d’imaginer des scènes par essence
identique et de construire les planches est assez
différente.
La version de Caprioli commence avec quelques pages
d’introduction retraçant à grands traits l’histoire de la Russie.
On y voit d’ailleurs un personnage qui est la sosie du
chanteur Ivan Rebroff. La version de Brémaud se termine
par un dossier plus copieux.
Bref, c’est à une triple master class que ce recueil vous convie
aujourd’hui.
Les 3 albums du présent recueil:
Franco Caprioli/Roudolph (1976)
Ramón de la Fuente (1978)
Frédéric Brémaus/DanièleCaluri (2010)
Nous remercions Voltaire 57 pour cette magnifique leçon d'histoire,
de littérature et de bande dessinée.
Album nº619 réalisé par Voltaire57
Publié par Monsieur Augustin
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Très intéressant, merci à vous
RépondreSupprimermerci a Voltaire 57 et comme d'habitude a ce super travail qu'il a réalisé pour notre plaisir.. j'ajouterai qu'il existe aussi un "Mickey Strogoff" paru dans un Mickey parade, ou un Mickey fatigué s'assoie pour se repose a l'instant même où Minnie lui téléphone et lui lit le roman de Jules Vernes et Mickey s'endort en révant qu'il est Michel Strogoff, dans son rêve on y retrouve Minnie sa fiancé, Dingo son ami, le fantôme noir en méchant.. et je dirai aussi merci a Jules Vernes de nous transporter dans des aventures de dingue.. et encore une fois a Voltaire 57 de perpétuer cette mémoire..
RépondreSupprimerMerci Voltaire57 et M Augustin pour la partage
RépondreSupprimerMerci!!!
RépondreSupprimerMerci !
RépondreSupprimerMerci
RépondreSupprimerMuchisimas gracias!
RépondreSupprimerMerci beaucoup Voltaire57 et Monsieur Augustin
RépondreSupprimerUn grand merci à V57 et M. A. : excellente cette fiche ! Pour ceux qui veulent "Michel Strogoff (Caprioli)" en album seul, voir mon zip. Pour celui de Ramon de la fuente, il fait partie d'une collection de 10 (difficile à répertorier, mais bien 10 trouvés !) : donc je mets ma liste sur cette série et si vous en voulez ou si vous voulez me la compléter, les 2 sont super !
RépondreSupprimerhttps://fromsmash.com/fc7kQO0du3-ct
Отличная работа!
RépondreSupprimerБольшое спасибо V57 и господину Августину
Merci Voltaire57 et M. Augustin.
RépondreSupprimerMERCI Voltaire 57 !
RépondreSupprimerMerci à tous !
RépondreSupprimerMerci à V.57 et M. Augustin.
RépondreSupprimerMerci infiniment à Voltaire57 et à M. Augustin.
RépondreSupprimerMerci.
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