En 1974 Pilote cesse d’être hebdomadaire pour devenir mensuel. René Goscinny laisse sa place à Guy Vidal et ce
Pilote là sera très différent de l’hebdo même s’il en garde la trame inspirée par Goscinny. Celui-ci a longtemps vécu
jeune homme à New York et s’est lié d’amitié avec Harvey Kurtzmann. C’est peu dire qu’il a été imprégné de
l’atmosphère de Mad. Son retour en France fut marqué par la vache enragée. Cette débine et sa « mise en accusation
» par les « Jeunes Turcs » de Pilote en mai 1968 ont fait qu’à de rares, mais parfois violentes, exceptions près le mot
« censure » n’existait plus. Vidal a une conscience politique plus affichée que celle de Goscinny. Ce mensuel fait donc penser
à Mad avec un côté politique plus marqué à gauche. C’est la fin de plusieurs séries qui firent la gloire de l’hebdo : Michel Tanguy,
Barbe-Rouge, Jacques Le Galll, Norbert et Kari, Tony Laflamme, etc. D’où le départ de Jean-Michel Charlier, le coeur
gros, vers d’autres aventures et le retrait d’Uderzo avec un peu d’amertume. C’est donc aussi le départ des artisans tels Chakir,
Martial et quelques autres qui assuraient la ligne du journal et auraient mérité meilleure fin.
Ce recueil est donc une anthologie de ce qu’est
devenu le journal. D’un hebdo destiné initialement
et principalement aux collégiens et lycéens
le mensuel est devenu un magazine pour
étudiants et jeunes adultes. C’est tellement vrai
que les pubs pour jouets et autres produits où
les enfants sont prescripteurs ont fait place aux
cigarettes, aux banques, etc. Vous en retrouverez
quelques exemples au cours de ce recueil. Ils
vous restitueront le parfum de l’époque qui n’a
pas encore compris que le choc pétrolier de
1973 a définitivement mis fin aux « 30 glorieuses ».
Parmi celles-ci des pubs présentées
par Achille Talon en majesté.
La structure du journal en est donc transformée.
Exeunt les séries à suivre sur deux pages,
les rares qui subsistent encore publieront d’un coup
une quinzaine de planches,
sinon c’est le règne des récits complets.
Ceux-ci sont essentiellement de quatre types :
ceux qui ont une vocation politique,
les purs récits d’humour, les recherches graphiques et
les récits d’aventures et/ou chroniques du quotidien.
Les aspects politiques
Inspiré par Mad et s’adressant désormais à de jeunes
adultes le journal prend une tournure plus politique, on
en veut pour preuve la multiplicité des couvertures qui
égratignent le nouveau pouvoir giscardien. Ce qui vaudra
au journal en octobre 1978 d’être radié, momentanément,
de la Commission Paritaire des publications et
agence de presse. Comme suggéré plus haut ces histoires
penchent plutôt à gauche. Nous en avons retenu
quatre qui illustrent bien le spectre de ces sensibilités.
Naissance d’une nation (bis) de Jean-Claude Mézières
et Guy Vidal met en scène des Français beaufs qui
sous-tendent implicitement l’arrivée d’un régime fasciste.
Tonnerre sur Fort French de Guy Vidal et Jean Solé est
une pochade sur le monde politique français tout en
étant un démarquage de Blueberry.
L’irrésistible ascension de Michel Jambonatowski est une charge
de Vidal et Alexis envers le ministre de l’Intérieur de
l’époque, Michel Poniatowski.
Le titre est évidemment une allusion directe à la pièce
de Berthold Brecht.
Ce n’était pas Charlie Hebdo mais...
Les collégiens ont bien grandi
Notre-Dame de Paris est avant tout une parodie du roman
de Victor Hugo mais l’aspect politique est présent en la présence
de Jean Royer. Celui-ci, maire de Tours et équivalent à
l’époque d’un Philippe de Villiers aujourd’hui, avait interdit dans sa
ville la projection de films coquins comme Emmanuelle.
Il apparaît ici en la personne du très réactionnaire et pudibond Dom Frollo.
Les récits d’humour
Outre les collaborations d’Alexis et de Gotlib comme Les Malheurs de Sophie
revus et visités ou une fable express on trouvera
toujours avec Alexis mais avec Moliterni cette fois Bye bye 1974.
Nous y avons joint quelques gags, courts récits complets
de Goossens alors encore débutant, il a à peine plus de 20 ans,
ou encore Beauvé et Gousse,. F’murr nous offre une parodie
de Corto Maltese avec son Porco Balese. Un Petit Lexique
des Euphémismes de Pélaprat
et Billon prouve que Pilote n’était pas seulement un journal de BD.
Enfin l’hedbo dans sa dernière période était célèbre pour ses
pages d’actualités, le
mensuel garda la formule mais sans Gébé, Cabu
et autres Reiser partis chez François
Cavanna. Nous avons retenu quelques exemples
signés Pélaprat et Poppé, Martial,ou
encore Greg et du trop rare Marin. Achille Talon et Cellulité
sont bien sûr de la partie.
Enfin Pétillon et Alexis mettent en boîte la fameuse
émission de Bernard Pivot, Apostrophe,
dans leur Ce soir on cause quand un peu avant Zélio
avait parodié l’émission Au Théâtre ce Soir..
Mad s’était fait une spécialité de brocarder les films
à la mode. Goscinny a retenu la
leçon et lance avec Harry North la série Pas trop près
de l’écran, mademoiselle, lointaine
époque où les ouvreuses plaçaient les spectateurs dans
les cinémas. Nous avons
réuni ici l’intégrale des récits.
Il est intéressant de souligner que si on retrouve à
chaque fois Harry North au dessin,
Goscinny cède rapidement sa place de scénariste à Serge de
Beketch dont il ne partage ni près ni de loin les opinions politiques.
Ce fin connaisseur du fantastique, il lancera Creepy et Eerie
en France, créateur de Thorkael, la première BD d’héroic
fantasy française, se perdra par la suite en politique.
L’écrivain Claude Klotz qu’on connait aussi sous
le nom de Patrick Cauvain
participera également à l’aventure puisque cinéphile forcené
depuis sa plus tendre enfance. Le plus souvent les titres de
ces toiles ont été changés, certains sont évidents, d’autres moin
s car tous ces films ne sont pas nécessairement passés à la
postérité.
Les récits d’aventures ou chroniques du quotidien
Vidal et Clavé proposent deux récits avec un arrière-plan politique dans
Opération Diversion et L’Exilé. Là encore la sensibilité de gauche est une
évidence. Petit supplément à l’histoire de l’ouest de Blanc-Dumont est une
totale réussite d’humour dans un contexte aussi dramatique que réaliste.
Toujours dans le domaine du western le même avec Laurence Harlé cette
fois nous gratifie d’un humour noir avec Une ville propre. La mort d’Orlaon
est une courte bande de science-fiction, l’une des premières collaborations
d’Enki Bilal pour le journal.
Lauzier et Cuadrado avec le grand amour de Siri-Bouche d’or nous transportent
dans le Brésil colonial tandis que Serge Letendre et Annie Goetzinger
nous mitonnent avec Flambe ma nuit un bien joli conte fantastique plein de
tendresse.
Enfin Jean-Claude Mézières nous parle de lui avec Mon Amérique à moi.
Les recherches graphiques
Dans ce domaine tout était à peu près possible.
Love Strip de Mora, Garcia et Gimenez malgré son
côté onirique garde une cohérence.
Cela n’a pas été le cas de beaucoup de ces récits qui
partaient réellement dans tous les sens. La limousine du
Limousin du débutant Gibrat, avec un style très différent de celui
qu’on lui connait et qui a fait sa gloire joue sur
le fantastique science-fictionnel avec des failles de
l’espace-temps et une fin assez déroutante.
L’arbre à came d’Alexis l’est tout autant mais dans ce cas
du début à la fin ; de telle sorte qu’on est en droit de se
demander ce qu’il avait pu ingurgiter pour nous
proposer une histoire aussi originale qu’insolite.
Les années 70 sont également des années musique. Patrick Lesueur et Jean
Solé proposent une série intitulée En écoutant des images où sur une ou deux
planches les auteurs expliquent leurs ressentis à propos d’un groupe. À titre
d’exemple nous avons retenu les Rolling Stones, Elton John et Chicago mais il y
en eût plein d’autres.
Hommage à René Goscinny
Enfin il eût été indécent de ne pas rendre hommage à l’un des pères d’Astérix.
Assez curieusement le petit Gaulois disparaît des pages du mensuel qui l’a vu
naitre. C’est également le cas de Lucky Luke qui ne reparaitra que très fugacement
bien des années plus tard. En revanche on trouve sur cette période 1974 -
1977 8 aventures de l’infâme vizir que nous avons gardées.
C’était Pilote qui n’était plus celui des Jeunes de l’an 2000,
ni celui qui s’amusait à réfléchir.





















Génial ! Super idée et bel album
RépondreSupprimerMERCI !
RépondreSupprimerc'est le moment ou j'ai arréter de lire Pilote, après se qu'ils ont fait à Mr Gosscinny et cracher dans la soupe :(
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