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dimanche 13 septembre 2026

The Spanish Main - Vol.12 Ramón Torrents at Warren's / The Spanish Main Vol.13 Pepe Moreno at Warren's - Compilation de Voltaire57 (V.O.)


Nous voici devant une énigme car Ramón Torrents (1937) 
a disparu un jour sans laisser de traces, professionnellement
en tout cas. Ses dernier travaux datent de la fin des années 70
 et depuis plus rien. Est-il aujourd’hui mort ou vivant ? 
nul n’en sait rien, à part l’intéressé et sa famille bien sûr !

Ce que l’on sait est que ce Barcelonais
a étudié de 14 à 18 ans à l’Escola
Massana de Sant Lluc à la Faculté des
Beaux-Arts. Son premier job consiste à
décorer des verres, le caractère palpitant
de la chose lui échappant un peu il finit
par faire un tour chez Toutain histoire de
voir s’il ne pourrait lui confier un quelconque
travail. Ça tombe bien, il en a
(heureuse époque !). Nous sommes alors
en 1956 et ses premiers travaux sont destinés
à la France, c’est d’ailleurs Florenci
Clavé qui assure l’encrage. Mais très vite
c’est la Grande-Bretagne qui l’accapare,
la Grande-Bretagne et sa myriade de
journaux pour enfants et sa livre sterling
aussi solide que le rocher de Gibraltar !

Il dessine un paquet d’histoires sentimentales pour adolescentes
 pour des journaux comme Boyfriend, Mirabelle,
Jackie, Love Story Library, Diana, etc. Il le fera jusqu’en 1976. 
C’est sûr que travailler pour Warren a dû le changer
! Assez curieusement il commence sa virée dans l’horreur 
chez Skywald, l’un des concurrents de Jim Warren.
Dans sa tournée américaine Josep Toutain avait décroché 
des accords tant avec Warren qu’avec Skywald. 
Les magazines de ce groupe, Scream, Psycho, Nightmare 
étaient la copie conforme des Creepy et compagnie. À dire
vrai le seul vrai concurrent de James Warren était Marvel
 qui avait les moyen de saturer le marché et mettre en
danger les petites maisons. Skywald étaient de celles-là 
et fut bien contente, elle aussi, de travailler avec des
artistes espagnols de qualité et surtout bien moins chers. 
Ce n’est que deux ans plus tard, en 1973 donc, qu’il est
publié dans Creepy.

Puis en 1979 plus de son, plus d’image et pour un dessinateur plus
 d’image c’est embêtant. Il avait fait pourtant
partie en 1967 du groupe de La Floresta avec Carlos Giménez,
 Luis García, Esteban Maroto, Suso et Adolfo Aballan
mais les contacts ont sans doute été progressivement rompus. 
Ça nous arrive à tous de laisser en chemin des
gens qu’on aimait pourtant bien. C’est la vie !

Un dernier mot à propos de Laugh, Clown, Laugh ! Il s’agit 
bien sûr bien sûr un hommage à Lon Chaney et au film
muet de 1928, encore que la denture du monstre de la BD 
fasse plutôt penser à celle de Fredric March dans le Dr
Jekyll et Mr Hyde de Robert Mamoulian (1931). Toutefois 
l’histoire de Torrents n’a strictement rien à voir.





Saturnino Moreno Casares ça vous dit quelque chose ? Non ? 
Et si je vous dis Pepe Moreno, là ça vous dit
déjà davantage. Certes les albums qu’on a publiés en 
France ne sont pas nombreux puisqu’on les
compte sur les doigts d’une seule main mas on retrouve son nom
dans plusieurs revues comme Métal Hurlant, L’Echo des Savanes ou
Epic et c’est déjà quelque chose. 
Né en 1954 il est donc d’une petite génération
après les Gimenez, Maroto et autres Bermejo. 
Son parcours est fatalement différent même si lui aussi 
fut aspiré in fine par le monde des comics.

Il commence sa carrière en Espagne pour des journaux
 pour enfants comme Pumby, un magazine underground, 
Star, assez vite interdit et SOS, une revue d’horreur. 
Ce journal offrait le même positionnement que les versions
espagnoles de Warren Publishing à savoir 
Dossier Negro, Wampus, Rufus et Zone 84.

Pepe n’a pas directement travaillé avec Toutain au départ. 
Tout comme Vicente
Alcazar en son temps Pepe entre chez Warren sans passer
 par la case S.I. Arts. Il bénéficie toutefois de la notoriété de ses 
confrères espagnols qui alimentent très largement Warren Publishing. 
Au vu de ses dessins Warren
lui ouvre évidemment les bras et Pepe voit ses premières histoires publiées
en 1978. Installé aux Etats-Unis l’année précédente il ne restera finalement
pas très longtemps avec Warren préférant 
de loin DC Comics où la paie était
meilleure et surtout moins aléatoire compte tenu 
des hauts et des bas de
Creepy and Co. On le verra ainsi sur Batman : 
Digital Justice ou des bandes
de SF comme Rebel. Il travaillera également avec Marvel 
pour Epic et pour National Lampoon Inc. 
notamment sur Heavy Metal. Si Pepe Moreno a fini
par travailler avec Toutain c’est en lui vendant les droits
 pour l’Espagne des
histoires qu’il avait créées chez Warren. 
Dans les années 90 il se tourne vers
les jeux vidéos dont le fameux Hell Cab qui est un gros succès.
Depuis les planches underground qu’il a réalisées dans 
la région de San Francisco ont été exposées au
 Smithsonian Institute et au Musée d’Art Moderne de Paris.

On reparlera peut-être un jour de sa série de SF, Mac Tavish, 
qui suivit la vague de la Guerre des Etoiles, en attendant
voici quelques récits complets pour se mettre en appétit !

   


Nous remercions Voltaire 57 pour ces magnifiques albums en V.O., 
parfaitement édités.

  Albums nº672-nº673 réalisés par Voltaire57

Publié par Monsieur Augustin

dimanche 16 août 2026

The Spanish Main Vol.10 Isidro Monés at Warren's / The Spanish Main Vol.11 Leopoldo Sánchez at Warren's - Compilation de Voltaire57 (V.O.)


Isidre Monés Pons (1947) est mieux connu sous son nom 
d’artiste d’Isidro Monés Pons. Toutefois certains de
ses récits sont parus chez Warren sous le pseudo de Munes, 
allez savoir pourquoi !. Comme ses collègues de
la même période il commence à travailler très jeune. 
D’abord dans la publicité et réalise aussi nombre d’illustrations
pour des albums d’images à coller, 
en quelque sorte les Panini de l’époque. 
C’est ainsi qu’il va peaufiner
son style et apprendre son métier tout en prenant
 des cours du soir à l’Academia Taller Valls.

L’arrivée d’Isidro chez Selecciones Ilustradas montre
 que s’il n’est nécessairement pas l’étoile la plu brillante, il
appartient néanmoins à cette galaxie. 
Il reconnait avoir été influencé par les Italiens 
Dino Battaglia (1923-1983) et Sergio Toppi (1932-2012) 
et ses compatriotes, Enric Scio (1942-1998), 
Esteban Maroto (1942) ou José Maria Bea (1942)., 
tout en avouant son admiration pour Moebius national 
(1938-2012). Il est des choix plus malheureux.
Tous sont à des degrés divers de grands dessinateurs 
et certains peuvent être considérés comme des
grands maîtres du noir et blanc.


Sa notoriété explose avec les récits qu’il livre pour Warren
 Publishing dont il devient l’un des gros contributeurs. 
Il suspend en 1976 sa collaboration avec l’éditeur 
américain et se rabat vers des titres importants de la 
BD britannique comme Commando ou Bullet. Comme il le dit 
lui-même il ne garde pas un bon souvenir de cette période :
« Le thème de la guerre était affreux ; la mise en page, 
fastidieuse, une succession de demi-pages identiques, alors
que j’ai toujours préféré des formats plus audacieux. 
Quant au sujet, c’était encore pire : toujours les gentils Anglais
avec leurs casques Tommy et en face les méchants. »

Pour la revue Misty destinée aux jeunes filles britanniques
 il donne quelques précisions sur sa technique : « Le
tirage ne permettait pas d’utiliser les nuances de gris, 
et je n’avais pas le temps de tout colorier en demi-teintes.
 J’ai donc dû recourir à la technique classique du pinceau 
et du lavis, et me replonger dans l’étude de Caniff et Toth. » 
Un bel hommage rendu à deux maîtres, non ?

On ne s’étonnera donc pas qu’il revienne en 1979 Warren 
qu’il quittera avec la faillite finale. Outre ses nouvelles il
laissera également une courte série fort intéressante, le
Dr Archaeus (disponible en anglais dans Bibliotheca Virtualis)

Suite à cela Selecciones Ilustradas lui décroche un 
contrat chez Disney? S’ouvre alors une période de bonheur
mais si facile que cela en terme de travail : « Faire partie 
de la famille Disney était épuisant. Imaginez devoir gérer
les références Pantone de toutes les créatures de la forêt 
de Bambi, les dix couleurs différentes (parfois plus) pour
chacun des nains de Blanche-Neige, et ainsi de suite, 
page après page, des pages
remplies chacune de 101 chiens. Ajoutez à cela un 
dossier complet de maquettes
de chaque personnage dans toutes les poses, 
pour ne pas dévier d'un pouce. »


Dans le même temps il continue une activité d’illustrateur 
pour des jeux, des couvertures de livres, des affiches, 
des cartes à collectionner, de sorte qu’il est
presque autant reconnu dans ce domaine que pour la BD.
Enfin comme tant d’autres de ses collègues 
il s’adonne à la peinture.
Mais pour l’heure présente voici de quoi mieux 
le connaitre en matière de BD !




Leopoldo Sánchez (1948-2021) est caractéristique de ce
 que certains appellent le « style espagnol », cette
excellence dans le noir et blanc. Si la maîtrise du jeu 
entre l’ombre et la lumière est partagée par beaucoup,
l’utilisation de tramés et l’alternance entre plume, pinceau 
et crayon est beaucoup plus rare. Pour
autant parler d’école espagnole est un peu excessif puisque 
la plupart de ces mêmes Espagnols reconnaissent
une dette aux cousins de la Botte, Sergio Toppi et 
Dino Battaglia ou de l’autre côté de l’Atlantique comme Breccia.


Qu’on ne s’y trompe pas nombre de dessinateurs américains, 
notamment ceux
qui ont officié sur les strips quotidiens, savent jouer avec 
les ombres tout comme par exemple d’autres excellents 
dessinateurs tels Attilio Micheluzzi ou Horacio Lalia. 
Mais leurs traits sont nets et finalement assez peu utilisent les
tramés. Or ceux-ci donnent une impression de texture. 
De plus en variant les
trames on donne une impression de profondeur e
ntre avant-plan et arrière-plan.
Enfin et ce détail n’est pas le moindre pour des artistes 
qui produisent beaucoup,
plutôt que de perdre du temps sur une foultitude de détails, 
la trame peut produire le même effet ce qui accentue 
l’ambiance de la planche.


Au moment où il lance Creepy le noir et blanc est 
une nécessité pour Warren
pour des raisons de coûts, le groupe étant souvent 
plongé dans des tourments
financiers de première grandeur.
Pourtant avec l’émergence de la concurrence Warren 
finira par insérer quelques pages couleurs dans chaque 
numéro de ses magazines. La difficulté résidait dans 
le va-et-vient entre l’Espagne et les Etats-Unis.
Mettre de la couleur sur des planches qui n’ont pas été 
conçues pour cela demande une réelle expertise. 
Chez Warren autant le dire tout de go, il ne s’agit pas,
 la plupart du temps, d’une franche réussite.

La marque du groupe est donc bien le noir et blanc.

La contribution de Sánchez chez Warren Publishing
 fut assez conséquente. Outre les récits complets,
 il fait partie de ceux qui ont produit
le plus de mini séries tels The Spook 
(voir album dans Bibliotheca Virtualis),
The Freaks ou The Pea Green Boat. Vous en en avez 
un exemple dans cet album avec The Unholy Creation.

D’ailleurs hormis Vampirella, Pantha et The Rook Warren 
Publishing n’a jamais eu de héros récurrents au long
cours. Le récit court complet est une autre des marques 
de fabrique du groupe; vous allez d’ailleurs maintenant
pouvoir le constater.


  


Nous remercions Voltaire 57 pour ces magnifiques albums en V.O., 
parfaitement édités.

  Albums nº664-nº665 réalisés par Voltaire57

Publié par Monsieur Augustin

dimanche 2 août 2026

The Spanish Main 08. Jaime Brocal at Warren's / The Spanish Main 09. Vicente Alcázar at Warren's - Compilations de Voltaire57 (V.O.)



 Comme on ne peut pas être au four et au moulin 
Jaime Brocal Remohi (1936-2002) a peu travaillé pour
Warren Publishing. On le connait en France surtout pour 
ses albums d’heroic fantasy, Taar en tête. C’est
assez réducteur mais pas complètement faux. 
L’une des caractéristiques de ses héros de fantasy est
d’être hyper bodybuildé au point qu’à côté le Conan de 
John Buscema passerait presque pour un gringalet.

Pourtant dans sa carrière ce Valencien d’origine a beaucoup produit, 
essentiellement d’ailleurs pour les petits
formats longtemps ostracisés par rapport aux albums; qui plus est à 
une époque où la bande dessinée était considérée
comme une sous culture et encore le mot culture était même de trop.

Il débute comme professionnel de la BD à 18 ans, Valence est 
alors un gros centre d’éditeurs BD avec Editorial Maga 
et Editorial Valenciana. C’est là qu’il jette ses premières
 armes avant de rejoindre quelques années plus
tard Selecciones Ilustradas. Ses premiers dessins
sont tournés vers la petite enfance comme El Burrito
Envidioso nn(1956) ou quelques bandes
d’aventures tels les westerns.

En 1958 le film Les Vikings sort et devient un succès
mondial. À l’époque la diffusion des films est
plus lente. À titre d’exemple il sort aux Etats-Unis
fin juin mais fin décembre en France, ne serait-ce
que pour des raisons de doublage. Enfin il existe
un premier circuit de distribution dit d’exclusivité
suivi d’un second dit de deuxième exclusivité et en
fin un troisième réservé aux petits cinéma de quartier.
Tout ceci pour dire que si un succès inspire
des imitations celles-ci ont alors un peu de retard à
l’allumage par rapport à notre monde actuel.


C’est donc en 1960 que surfant sur la vague viking Brocal 
créé Katan pour le marché anglais repris presque aussitôt
 en Espagne et plus tardivement (1967-1970) en France par Aredit. 
Il est vrai qu’entre temps Imperia avait passé 
commande à Selecciones Ilustradas
d’une autre série viking : Ögan. Mariano Hispano et
 Jaime Brocal sont chargés de créer le personnage qui 
connaîtra une centaine de numéros. Ögan est donc un viking, 
commande française
imaginée par des Espagnols et qui sera publiée 
dans toute l’Europe ou presque !

Pendant toutes ces années Brocal va surtout travailler pour la
presse anglaise. Il a par exemple dessiné nombre d’histoires de Janus
Stark (1969) mais d’une manière générale tous les genres y
passent : guerre, westerns, aventures...
[Le texte se poursuit à l'intérieur du texte]





De prime abord il pourrait paraître un peu culotté d’intégrer 
Vicente Alcázar (1944) dans cette collection
car finalement il n’a ni beaucoup travaillé avec Warren 
ni avec vraiment Toutain. Tout ceci mérite donc
quelques explications.

Si dans sa chanson J’me voyais déjà Charles Azanavour 
quitte sa province à 18 ans c’est à 17 qu’Alcazar
quitte l’Espagne et son Ecole Militaire pour Londres. 
Là il suit des cours pendant un an à la Sir John Cass School
of Arts and Crafts. Il y rencontre Carlos Pino (1940) avec 
qui il collaborera ensuite sous le nom commun de Carvic.


Mais Vicente a la bougeotte et abandonne ses études 
pour se balader un peu partout
en Europe où il survit grâce à des petits boulots : 
le très classique plongeur
mais le beaucoup moins tapissier dans une
 entreprise néerlandaise, traducteur
pour un importateur londonien d’oranges, etc. 
Une annonce de Fleetway cherchant
des dessinateurs retient son attention. Il envoie 
un mini dossier qui lui permet
d’obtenir un rendez-vous avec un responsable, 
mais laissons le parler :
« Après l’entretien avec le rédacteur en chef à Londres, 
je l'ai convaincu de me confier
un scénario. Lorsque j'ai envoyé le travail terminé, 
j'ai eu la satisfaction de recevoir
un gros chèque… et un autre scénario. Je me suis alors 
dit que je pourrais faire ça
toute ma vie, car non seulement je m'amusais beaucoup, 
mais en plus j'étais très bien
payé. » Voilà commence une vocation !


Fleetway lui passe régulièrement des commandes, pour 
autant le duo conclut un
accord avec Temple Arts Agency qui les amène à fournir 
des histoires pour de
nombreuses autres revues britanniques. Ils travaillent
 même avec l’Espagne pour
Chio, un journal pour enfants. En 1969 nouveau départ, 
pour les Etats-Unis cette
fois, tandis que Carlos reste à Londres 
où il fera toute sa carrière...
[Le texte se poursuit à l'intérieur du texte]



 


Nous remercions Voltaire 57 pour ces magnifiques albums en V.O., 
parfaitement édités.

  Albums nº660-nº661 réalisés par Voltaire57

Publié par Monsieur Augustin

dimanche 26 juillet 2026

The Spanish Main 06. Esteban Maroto at Warren's / The Spanish Main 07. Fernando Fernandez at Warren's (1971-1983) - Compilations de Voltaire57 (V.O.)


Né en 1942 Esteban Maroto est un des stakhanovistes de la BD. 
Après José Ortiz, il est le dessinateur qui
a le plus contribué aux revues Warren. Malgré ses
 plus de 500 planches, ce recueil n’est qu’une partie, la
plus grosse quand même, envers l’éditeur américain. 
C’est ce même Esteban à qui nous devons le fameux
costume de Red Sonja, un deux pièces en cote de mailles, 
c’est lui aussi qui a relooké Zatanna.
Bref, vous l’avez deviné il aime dessiner de jolies femmes. 
Grâce lui soit rendue !

Mais avant cela il a dû faire ses gammes comme tout le monde. 
Il débute en 1955, faites le compte, il a à peine 13
ans et doit sans doute encore porter des culottes courtes. 
Nous sommes en Espagne franquiste, les stigmates de
la guerre civile sont encore présents et l’opulence n’est 
guère de mise. Alors qu’au même moment les petits
Français vont au collège, des petits Espagnols se mettent
 à travailler. Pour notre futur vedette, le travail s’appelle
l’atelier de Manuel López Blanco (1924-1992), il y dessine 
des croquis et des décors. Là en 1958 il va rencontrer
un autre jeune, un peu plus âgé que lui, Carlos Gimenez (1941), 
le génial créateur des chefs d’oeuvre que sont
Paracuellos et Barrio; ils deviendront des amis pour la vie.

On retrouve nos deux compères avec un troisième larron
 Adolfo Usero (1941), madrilène également qu’on connait
mieux sous le nom d’Adolfo Abellán. Si les deux premiers 
travaillent pour l’agence Maga, rien à voir avec qui
vous savez, ce dernier commence à travailler pour 
Selecciones Ilustradas dès 1963. Mais dans les deux cas de
figure ils travaillent tous pour la presse BD britannique
 sur des titres de séries romantiques, de guerre ou de western
comme Buck John par exemple.



C’est à cette école qu’il va perfectionner son style. Comme on
peut le voir sur le dessin ci-contre, dans beaucoup de productions
destinées au petits formats, les décors et les ombrages sont réduits
à leur plus simple expression, ce qui n’empêche pas un dessin
de qualité. On reste toutefois loin de ce q’il pourra faire par la
suite. On voit dans nos exemples; plus bas ou sur la page ci-contre
que le travail sur les tramés ou les ombres est bien plus accompli
En revanche cet apprentissage lui a appris à travailler
vite. Vite et bien.
Parfois tout de même il profite de récits à connotation 
plus psychédélique
ou onirique pour relâcher son dessin et la qualité 
s’en fait un peu sentir... 
[Le texte se poursuit à l'intérieur du texte]



Encore un grand bonhomme de Selecciones Ilustradas, 
c’est d’ailleurs à se demander s’il n’y en eût jamais
de petits : Fernando Fernandez (1940-2010). 
En fait son nom complet est Fernando Fernández Sánchez.
Comme il y autant d’Espagnols qui s’appellent Sánchez 
que de Français qui s’appellent Martin il est plus
simple de s’arrêter à Fernandez. Vous me direz qu’il 
ne doit pas y avoir beaucoup moins de Fernandez que
de Sanchez et vous n’aurez sans doute pas tort, mais
 là n’est pas la question.
Certes, avoir son prénom comme son nom sonne un peu
 ridicule, comme si un
Français s’appelait Jean Jean ou Pierre Pierrot, 
mais La Fontaine nous l’a dit : il ne
fait pas juger les gens sur leur mine, dans notr
e cas ici leur patronyme. Car Fernando
Fernandez est un artiste complet et un grand.



Dessinateur, illustrateur, coloriste, le plus souvent 
en couleurs directes, scénariste,
rien ne lui manque. Des 11 histoires présentées ici, 
9 sont dues à son talent
d’écriture. Elles partent d’un quotidien banal pour une 
fin qui l’est moins.


Comme ses collègues de S.I. Arts, il entame tôt 
sa vie active; dans l’Espagne franquiste
des années 50 on ne lambine pas ! 
C’est en effet à 13 ans qu’il commence à
travailler dans un laboratoire pharmaceutique. 
Mais l’enfant qu’il est encore préfère
dessiner et il le fait plutôt bien. Il
réussit à placer quelques courtes BD ici
et là et en 1956 il cogne à la porte de
Josep Toutain, barcelonais comme lui. D’abord comme encreur puis
en dessinant des bandes sentimentales destinées au marché britannique
mais aussi une bande de science-fiction pour Artima,: Ray Comet.



Tout en poursuivant sa collaboration avec S.I. Arts Fernando file en
1958 en Argentine mais les heures florissantes du marché local sont
passées, la récession est là et pas mal d’artistes, à commencer par
Hugo Pratt ont quitté ou vont quitter le pays. Début 1960 Fernando
est de retour à Barcelone et continue de livrer des planches de guerre
pour les revues anglaises.

Au milieu des années 60 il commence également une carrière de
peintre, puis en 1970 il lance avec succès une BD quotidienne,
La Mosca (La Mouche), qu’il abandonne en 1973.
 C’est à cette même date qu’il travaille pour Warren. 
En 1980 avec Nicola Cuti au scénario
 il crée une série de SF, Zora et les Hibernautes
puis en 1982 il attaque, seul cette fois, Dracula
(ces deux albums sont disponibles en français
 dans Bibliotheca Virtualis).


Sur avis médical il ralentit sa production au point de ne se consacrer presque exclusivement qu’à la peinture, devient
un portraitiste renommé et enseigne son art.

Mais trêve de bavardage il est temps de profiter de son talent !

 


Nous remercions Voltaire 57 pour ces magnifiques albums en V.O., 
parfaitement édités.

  Albums nº657-nº658 réalisés par Voltaire57

Publié par Monsieur Augustin

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