Nous voici devant une énigme car Ramón Torrents (1937)
a disparu un jour sans laisser de traces, professionnellement
en tout cas. Ses dernier travaux datent de la fin des années 70
et depuis plus rien. Est-il aujourd’hui mort ou vivant ?
nul n’en sait rien, à part l’intéressé et sa famille bien sûr !
Ce que l’on sait est que ce Barcelonais
Massana de Sant Lluc à la Faculté des
Beaux-Arts. Son premier job consiste à
décorer des verres, le caractère palpitant
de la chose lui échappant un peu il finit
par faire un tour chez Toutain histoire de
voir s’il ne pourrait lui confier un quelconque
travail. Ça tombe bien, il en a
(heureuse époque !). Nous sommes alors
en 1956 et ses premiers travaux sont destinés
à la France, c’est d’ailleurs Florenci
Clavé qui assure l’encrage. Mais très vite
c’est la Grande-Bretagne qui l’accapare,
la Grande-Bretagne et sa myriade de
journaux pour enfants et sa livre sterling
aussi solide que le rocher de Gibraltar !
Il dessine un paquet d’histoires sentimentales pour adolescentes
pour des journaux comme Boyfriend, Mirabelle,
Jackie, Love Story Library, Diana, etc. Il le fera jusqu’en 1976.
C’est sûr que travailler pour Warren a dû le changer
! Assez curieusement il commence sa virée dans l’horreur
chez Skywald, l’un des concurrents de Jim Warren.
Dans sa tournée américaine Josep Toutain avait décroché
des accords tant avec Warren qu’avec Skywald.
Les magazines de ce groupe, Scream, Psycho, Nightmare
étaient la copie conforme des Creepy et compagnie. À dire
vrai le seul vrai concurrent de James Warren était Marvel
qui avait les moyen de saturer le marché et mettre en
danger les petites maisons. Skywald étaient de celles-là
et fut bien contente, elle aussi, de travailler avec des
artistes espagnols de qualité et surtout bien moins chers.
Ce n’est que deux ans plus tard, en 1973 donc, qu’il est
publié dans Creepy.
Puis en 1979 plus de son, plus d’image et pour un dessinateur plus
d’image c’est embêtant. Il avait fait pourtant
partie en 1967 du groupe de La Floresta avec Carlos Giménez,
Luis García, Esteban Maroto, Suso et Adolfo Aballan
mais les contacts ont sans doute été progressivement rompus.
Ça nous arrive à tous de laisser en chemin des
gens qu’on aimait pourtant bien. C’est la vie !
Un dernier mot à propos de Laugh, Clown, Laugh ! Il s’agit
bien sûr bien sûr un hommage à Lon Chaney et au film
muet de 1928, encore que la denture du monstre de la BD
fasse plutôt penser à celle de Fredric March dans le Dr
Jekyll et Mr Hyde de Robert Mamoulian (1931). Toutefois
l’histoire de Torrents n’a strictement rien à voir.
Saturnino Moreno Casares ça vous dit quelque chose ? Non ?
Et si je vous dis Pepe Moreno, là ça vous dit
déjà davantage. Certes les albums qu’on a publiés en
France ne sont pas nombreux puisqu’on les
compte sur les doigts d’une seule main mas on retrouve son nom
dans plusieurs revues comme Métal Hurlant, L’Echo des Savanes ou
Epic et c’est déjà quelque chose.
Né en 1954 il est donc d’une petite génération
après les Gimenez, Maroto et autres Bermejo.
Son parcours est fatalement différent même si lui aussi
fut aspiré in fine par le monde des comics.
Il commence sa carrière en Espagne pour des journaux
pour enfants comme Pumby, un magazine underground,
Star, assez vite interdit et SOS, une revue d’horreur.
Ce journal offrait le même positionnement que les versions
espagnoles de Warren Publishing à savoir
Dossier Negro, Wampus, Rufus et Zone 84.
Pepe n’a pas directement travaillé avec Toutain au départ.
Tout comme Vicente
Alcazar en son temps Pepe entre chez Warren sans passer
par la case S.I. Arts. Il bénéficie toutefois de la notoriété de ses
confrères espagnols qui alimentent très largement Warren Publishing.
Au vu de ses dessins Warren
lui ouvre évidemment les bras et Pepe voit ses premières histoires publiées
en 1978. Installé aux Etats-Unis l’année précédente il ne restera finalement
pas très longtemps avec Warren préférant
de loin DC Comics où la paie était
meilleure et surtout moins aléatoire compte tenu
des hauts et des bas de
Creepy and Co. On le verra ainsi sur Batman :
Digital Justice ou des bandes
de SF comme Rebel. Il travaillera également avec Marvel
pour Epic et pour National Lampoon Inc.
notamment sur Heavy Metal. Si Pepe Moreno a fini
par travailler avec Toutain c’est en lui vendant les droits
pour l’Espagne des
histoires qu’il avait créées chez Warren.
Dans les années 90 il se tourne vers
les jeux vidéos dont le fameux Hell Cab qui est un gros succès.
Depuis les planches underground qu’il a réalisées dans
la région de San Francisco ont été exposées au
Smithsonian Institute et au Musée d’Art Moderne de Paris.
On reparlera peut-être un jour de sa série de SF, Mac Tavish,
qui suivit la vague de la Guerre des Etoiles, en attendant
voici quelques récits complets pour se mettre en appétit !
Nous remercions Voltaire 57 pour ces magnifiques albums en V.O.,
parfaitement édité.
Albums nº672-nº673 réalisés par Voltaire57
Publié par Monsieur Augustin







