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vendredi 18 septembre 2026

ESPRIT DU VENT (MAGICO VENTO) Scantrad inédit 006 Longue Lame – décembre 1997 (scénario GIANFRANCO MANFREDI – dessins JOSEPH BARBATI & BRUNO RAMELLA) - Édité par Philippe



Dans le petit village des Sioux Lakotas que nous avons appris à connaître dans les épisodes précédents, un grand malheur est arrivé : dans les bois près du ruisseau jaune, le corps de Petit Castor, tué et scalpé, et celui de Cheval Boiteux, le chamane et père spirituel d’Esprit du Vent, tué et décapité ont été retrouvés !



Queue de Taureau, le chef du village, ne comprend pas : des traces de deux chevaux ferrés, un des deux wasicun assassiné, le scalp de Petit Castor retrouvé mais la tête de Cheval Boiteux emportée ! Et où se cachent Esprit du Vent et son ami Poe ? Car eux comprendront…
Sur ordre de Queue de Taureau, cinq guerriers sont partis à leur recherche dont Tue-Toi, le Heyoka et grand ami du journaliste Poe…
 

Pleins feux sur Gianfranco Manfredi (2/3)
Chevauchant le Vent

 (Extraits d’un entretien avec Gianfranco Manfredi le 30 juin 2004
 par Guglielmo Nigro)

(partie 1/2)

Commençons de la manière la plus classique. Gianfranco Manfredi 
présente Gianfranco Manfredi...

Je suis une personne serviable. À diverses expériences créatives et relations avec des personnes inspirantes. Pour le reste, même si j’ai été et fais partie de nombreux environnements culturels et de divertissement, je n’appartiens à aucune catégorie particulière.

Pourquoi avez-vous choisi la bande dessinée comme outil d’expression préféré à un certain moment de votre vie ? Et pourquoi l’avez-vous choisi comme métier, c’est-à-dire comme source de subsistance ?

C’était complètement accidentel. Un éditeur (Casarotti) m’a proposé de faire une bande dessinée (Gordon Link) et j’ai accepté, donc sur un coup de tête, sans la moindre idée que cela deviendrait un travail régulier pour moi, celui qui m’occuperait le plus en termes de temps. D’un point de vue créatif, les romans m’engagent beaucoup plus. Mais on ne peut pas vivre uniquement de littérature. Et ensuite, il est bon de ne pas écrire un roman après l’autre. En effet, entre l’un et l’autre, il faut laisser le bon moment pour la maturation.

Comment avez-vous appris à écrire des bandes dessinées ? 

Ayant eu auparavant une expérience longue et variée comme scénariste pour le cinéma et la télévision, je n’ai pas eu beaucoup de difficultés, car j’ai transféré ce que j’avais appris dans le scénario de bandes dessinées. D’un certain point de vue, le scénario des bandes dessinées est plus exigeant car il implique aussi une mise en scène (une mise en scène et un soin des plans, un par un) qui n’est pas exigée du scénariste du film. De plus, l’action, ne prenant pas plaisir au mouvement, à la musique, au son et à l’interprétation des acteurs, exige une bien plus grande précision et un rythme très différent, généralement plus synthétique.



 
Votre nature artistique, votre « urgence créative » sont-elles suffisamment satisfaites par la possibilité de vous exprimer à travers une bande dessinée en feuilleton avec des règles et contraintes très précises ? Avez-vous déjà pensé à créer une œuvre en dehors du circuit des séries, avec plus de liberté d’expression et de temps ?

Oui, mais j’ai toujours aimé les séries. Quand j’étais enfant, j’ai lu de nombreux feuilletons, comme Fantomas, par exemple, qui avaient été republiés dans une série parallèle à Gialli Mondatore et Urania. Aujourd’hui, les bandes dessinées sont les véritables héritiers des feuilletons, ils leur ressemblent beaucoup aussi en ce qu’ils sortent en kiosque, comme les vieux feuilletons édités par tempêtes dans les journaux.

Est-ce que ça a du sens de parler de bandes dessin
ées d’auteurs aujourd’hui ? Y a-t-il cette division entre les bds populaires et les auteurs ? Et si oui, où se trouve la « frontière » ?

Est-il vraiment nécessaire de faire ce genre de classification ? Les bandes dessinées Bonelli ont longtemps été considérées comme trop « faciles » en raison d’une ignorance critique considérable des fondements techniques de l’œuvre. Cela concerne particulièrement le scénario. Lorsqu’un artiste étranger devient collaborateur de la maison d’édition, il est généralement consterné par la minutie du scénario. Les mangas, en revanche, sont souvent considérés comme plus simples et plus élémentaires mais c’est  FAUX ! Les structures narratives, le mélange des genres, le style graphique (souvent peu transparent dans sa signification pour nous) sont extrêmement sophistiqués. Donc, quand on dit : cette bande dessinée est de première classe et celle-ci de seconde classe, en réalité il n’exprime pas un jugement objectif, mais le jugement personnel qui révèle le propre degré de connaissance et de sensibilité esthétique du critique. Souvent, ceux qui nous comprennent le moins sont les soi-disant experts.

Avez-vous une idée de la « population » qui lit Magico Vento ? 

Je viens de dire que je suis contre les classifications de genre et de niveau. J’écris ce qui me vient à l’esprit, en gardant simplement à l’esprit que les lecteurs de bandes dessinées sont habitués à un certain type de langage. Puis il y a des jeunes de quinze ans aux goûts bien plus sophistiqués qu’un soixantenaire. En fait, parfois des bandes dessinées pour enfants comme Mickey Mouse sont achetées et lues par les grands-parents. Et chez Disney, ils le savent très bien.

Esprit du Vent est un personnage quelque peu insaisissable. Parfois, froid, détaché. Il a un passé que nous ignorons en grande partie, et il a embrassé la culture indienne et l’art du métier de chaman presque comme une révélation. Ses « pouvoirs » se manifestent parfois de manière mystérieuse. Ne risque-t-il pas de ne pas être très « empathique » envers le lecteur ? 

Il y a deux possibilités : soit vous choisissez de raconter les aventures d’un homme ordinaire en qui n’importe qui peut se reconnaître, soit vous racontez les histoires d’un Héros. Le Héros implique toujours une certaine distance. Dans l’Odyssée, ce sont les autres qui racontent l’histoire d’Ulysse, chacun avec une nuance différente. Le Héros doit conserver une certaine aura de mystère et d’imprévisibilité.

Et qu’en est-il de Poe, qui semble représenter l’opposé d’Esprit du  Vent  en ce sens ?

Poe est en fait plus facile à lire dans ses caractéristiques psychologiques et ses réactions. Il est le véritable narrateur, tout comme Watson l’est pour Sherlock Holmes.

Les personnages d’Esprit du Vent et Poe évoluent-ils ou non ? Après les premiers numéros, il semble que les personnages se soient définis une bonne fois pour toutes.

Les personnages de Magico Vento changent beaucoup. Pas physiquement, car ce serait un peu kitsch de les faire vieillir de façon ostentatoire. Mais psychologiquement, ils changent beaucoup. Je ne trouve pas supportable que Dylan Dog, par exemple, après des centaines d’aventures, commence encore à douter des histoires de ses clients. Cela aurait pu convenir au début, mais répéter la formation devient contre-productif. Dans ce cas, oui, il y a un risque d’effet Forrest Gump, c’est-à-dire la naïveté éternelle vis-à-vis du monde, comme si tout recommençait toujours à zéro.  (A suivre au prochain numéro)


BONUS
En 2013/2014, les éditions Clair de Lune ont sorti en français la série Shangai Devil en trois tomes de 576 pages comportant chacun 6 numéros de la série initiale en italien.
Voici le deuxième des trois tomes.
En lisant cette aventure, vous constaterez combien Manfredi était, pour ses scénarii, du niveau, par exemple d’un Jean-Michel CHARLIER ! (Barbe-Rouge, Blueberry, Barbe-Rouge, etc…)
Enea Pastore, le  père d’Ugo, est tombé dans les mains des rebelles. Leur chef, le moine Shaolin Chuang Lai accepte de le libérer en échange de fusils. Après avoir fait croire qu’il était d’accord, Ugo, en compagnie du trafiquant milanais Risto, rejoint le village où son père est retenu prisonnier, mais il le trouve en proie aux flammes …
Ugo Pastore semble destiné à parcourir toute la Chine, d’abord à la recherche de son père marchand, puis lorsqu’il se retrouve mêlé à une véritable intrigue internationale, et il est contraint, malgré lui, de jouer le rôle, entre les Risto milanais, soldats allemands corrompus, les rebelles menés par le moine Chuang Lai, trafiquant d’armes. Dans tant d’action, le caractère indomptable du jeune Romain émerge, bien souligné par les paroles du misérable Risto, qui s’est retrouvé dans un jeu plus grand que lui. Avec eux, pour former un trio inhabituel, nous retrouvons l’implacable Goh, un maître d’arts martiaux.


Dans la narration de Manfredi, en plus de la grande capacité habituelle de recherche historique et de la capacité à l’approcher par de la fiction, émerge une vision extrêmement négative du colonialisme européen : parfois, on a presque l’impression que ce sont les Européens eux-mêmes qui attisent la révolte des Boxers, et le pouvoir local constitué, représenté par l’impératrice Cixi, ne semble pas meilleur qu’eux…

Bonne lecture à vous et à la prochaine !

Texte : Philippe.




 Nous sommes immensément reconnaissants à Philippe pour cette magnifique contribution, d'une qualité surprenante tant au niveau des images que de la présentation très bien documentée.

Publié par Monsieur Augustin




3 commentaires:

  1. Superbe, merci beaucoup à Philippe et aussi à Monsieur Augustin pour l'hébergement.

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  2. Merci pour ces très belles compilations. C'est toujours un plaisir de suivre ce blog

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