Rémi a 19 ans mais il en parait 10 pour la bonne raison
qu’à cet âge, suite à un drame, il a
décidé de ne plus grandir. Sauf que depuis il est devenu
la risée des gamins du coin.
Pire encore, Batiss’ un gosse de 12 ans le roue de
coups régulièrement.
Sa mère, La Rouge, une pocharde, ne le ménage pas davantage.
Seule Toinette, son amie d’enfance, continue de
l’aimer avec la force des premières amours. Dans cette Bretagne
du XIXe siècle, il ne fait pas bon d’être
rejeté par tout un village, alors Rémi aimerait bien que son r
egard fasse ce que ses poings ne savent pas
faire.
La rencontre avec un rat va lui permettre de parvenir
à ses fins, la première
victime étant sa propre mère mais il y en aura d’autres.
Réputé apporter le
mauvais oeil au village il n’a d’autre ressource que de
rejoindre un cirque itinérant.
Cirque un peu particulier au demeurant car également
peuplé de monstres humains.
On pense bien sûr au film de Tod Browning, Freaks (1932) ;
ce qui nous parait monstrueux aujourd’hui c’est d’exposer
des êtres humains difformes mais la chose fut pendant
longtemps assez prisée. Subissant
les ambitions des uns comme des autres Rémi
ne trouvera pas dans ce
cirque le havre de paix qu’il cherche.
Commencent de longues pérégrinations
qui le mèneront jusqu’au Canada.
Kraehn qui signe dessins et scénario nous propose un
roman initiatique dans lequel Rémi à force d’embûches
et de drames va grandir dans tous les sens du terme.
Pour cela il reprend les recettes des feuilletons mélos
du XIXe. Ce n’est pas un hasard si son héros s’appelle
Rémi comme celui de Sans Famille (1877-1878) ni qu’il
travaille dans un cirque, encore que dans le roman
d’Hector Malo le cirque se limite au vieux Vitalis, Rémi,
trois chiens et un petit singe. Dans les deux cas c’est la
misère et la dureté des temps mais le Rémi de Kraehn,
compte tenu sans doute de son âge véritable, est un
révolté qui toutefois a de bonnes raisons de l’être.
Initialement conçu en 4 tomes (1990-1994) la série
comprendra deux albums supplémentaires, le 5e paru
14 ans après le 4e et le dernier 10 années encore plus tard.
Ces deux derniers s’intercalent narrativement
entre les tomes 3 et 4. Ils apportent un éclairage complémentaire mais ne changent pas le cours de la saga. C’est d’ailleurs tellement vrai que l’intégrale parue en 1997 ne comprenait pas et pour cause les
deux derniers albums.
Souffre-douleur Instrument duDestin
Dans ce qu’on peut considérer comme la première
série Kraehn nous balade
sur l’océan et essentiellement dans sa Bretagne natale,
dans la seconde il nous
fait voyager au Canada.
Il y a entre les deux parties une rupture de ton qui est
particulièrement remarquable dans les couleurs.
Celles-ci, merveilleuses de sensibilité, sont signées
Patricia Jambers, madame Kraehn à la ville.
Les couleurs bretonnes sont
sombres, tirant souvent vers le bistre.
Elles sont en raccord avec le personnage
de Rémi perpétuellement en colère (on connait la rengaine
: bistre, bistre rage ! ouaf, ouaf !).
Celles du Canada sont lumineuses
et correspondent à l’apaisement et la rédemption.
Le dessin de Kraehn s’inscrit dans le style réaliste avec
toutefois une rondeur disneyenne qui s’associe
assez diaboliquement avec la noirceur des propos.
En effet, rares sont les personnages positifs, même
Rémi dans sa rage innocente
n’est pas exempt de lourds reproches.
En revanche les paysages et décors sont magnifiques et, on l’a dit, magnifiés par les couleurs.
Kenavo va mignoned !
Nous remercions Voltaire 57 pour ce magnifique album.
Album nº653 réalisé par Voltaire57
Publié par Monsieur Augustin
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Merci Voltaire57 (JoeBloggs)
RépondreSupprimerMerci !
RépondreSupprimerQue de bonnes séries chaque fois présentées par l’ami Voltaire ! J'étais loin d’imaginer que celle-ci datait fin du xxe siècle ! Sans doute vu les deux suppléments ...
RépondreSupprimerGrand merci pour me donner chaque fois l’envie de les relire !
Magnifique ! merci voltaire 57 et m augustin !
RépondreSupprimerMerci.
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