Il est incontestable que des revues comme Tintin, Spirou et
bien d’autres avaient des BD de grande qualité. Pourtant il
est non moins certain que la BD n’aurait pas pris la tournure
et le succès qu’elle a en France sans Pilote. Pendant longtemps
les revues de BD ne faisaient que fidéliser une même tranche d’âge. Les lecteurs se renouvelaient de générations
en générations. Pilote au contraire a accompagné une classe d’âge du collège, voire de l’école primaire (ce fut mon cas)
à l’âge adulte, multipliant ainsi les cibles de clientèles.
C’est le passage au mensuel en 1974 qui va prouver qu’un journal de BD pour lecteurs adultes est pensable et possible. Certes
l’Écho des Savanes existait depuis 1972 mais sa ligne éditoriale, rabelaisienne pour le moins, s’adressaient à des adultes avertis.
La nuance est sensible, ainsi d’une niche étroite avec l’Écho, on passait au grand public avec Pilote.
Il a déjà été décrit dans la précédente anthologie le corpus général de ce Pilote mensuel. Les séries historiques, à l’exception
de Valérian, ont disparu. Bilal, Lauzier, Blanc-Dumont, Palacios, Goetzinger et Clavé
vont prendre la relève avec des unitaires à suivre ou des séries au long cours
comme Mac Coy ou Jonathan Cartland.
Ce cycle 1977-1980 est un peu moins marqué par l’aspect politique dans les BD, tout
au moins de façon aussi ouverte. La voix de la patrie et La vie des Français sous l’occupation
russe sont de bons exemples d’une charge en apparence plus diffuse et
moins frontale. À titre comparatif L’homme de l’année: Jack Racket qui précède
(1976) est une attaque ad hominem bien plus ouverte. En revanche les textes et les
couvertures gardent un ton qui déplait au pouvoir giscardien. C’est ainsi que Pilote
perd, un temps, son agrément en tant que journal et donc les avantages qui vont avec.
Ce qui marque cette période 77-80 est la multiplicité des formats courts. L’humour
bien sûr mais aussi l’aventure sous forme de chroniques ou d’expérimentations graphiques
ou scénaristiques.
Au chapitre de l’humour Fred continue de proposer quelques gags d’une planche dans son style onirique si particulier. Reconnaissons
qu’il fait mouche. C’est aussi le moment ou le Grand Duduche fait son retour. Cabu travaille toujours pour Charlie
Hebdo et poursuit ici dans le même ton satirique du journal de François Cavanna. Faut-il ajouter que c’est très politique. On
est loin de la vie de lycée que Cabu décrivait dans les années 60. Rompant avec l’ordre chronologique ces quelques planches
retenues débutent avec un Duduche devenu étudiant islamiste qui devient « l’otage » du petit frère de la fille du proviseur.
Nous sommes alors en mai 1980; comment ne pas y voir une sorte de télescopage avec ce qui arrivera le 7 janvier 2015.
Lauzier poursuit sa route avec des solos tels La tête dans le sac ou La course du rat. Nous avons gardé dans ce recueil ses gags
notamment ceux intitulés Jeunes cadres et vieux tableaux. Jean Solé laisse tomber la
musique en images pour s’attaquer aux Animaleries, pas un gag mais un caractère
absurde qui arrache les sourires.
Les pages d’actualité qui étaient la marque de l’hebdo de 1968 à 1974 s’effacent peu
à peu. Résidence Paradis qui décrit le rêve envolé des grands ensembles garde encore
cette verve mais Jour J, Heure H moins une a davantage vieilli. La raison principale
sont les caricatures des hommes de télé de l’époque mais ces visages ne diront plus
rien à la génération des millenials. On peut d’ailleurs dire la même chose des hommes
politiques que l’on retrouve dans Jack Racket...
(Le texte se poursuit à l'intérieur de l'album)
Nous remercions Voltaire 57 pour ce magnifique album.
Album nº652 réalisé par Voltaire57
Publié par Monsieur Augustin
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MERCI !
RépondreSupprimerMerci !
RépondreSupprimerMerci !
RépondreSupprimerSuper merci beaucoup !
RépondreSupprimerUn format bien original pour cette anthologie ! Bravo pour y avoir pensé. Je découvre et 1977, cela ne doit pas être le premier volume...
RépondreSupprimerGrand merci à Voltaire et notre sensei à tous Monsieur Augustin pour son travail de présentation journalier !