Ce 24 juin cela fera 33 ans, l'âge du Christ et d'Alexandre le Grand,
qu'Auraleón nous a quitté.
Et en hommage au grand dessinateur espagnol, Voltaire 57 nous
offre une recueil exceptionnelle: Au
En guise de préambule
The Spanish Main se traduit par le domaine ou la zone espagnole.
On pourrait tout autant dire l’empire espagnol
car c’est ainsi qu’il fut initialement compris puisque
le terme représentait les possessions espagnoles aux
Amériques.
J’ai choisi ce titre pour illustrer l’invasion espagnole –toute amicale,
de Selecciones Ilustradas chez Warren Publishing.
Nous sommes alors en 1971 et James Warren
se débat dans des difficultés financières sans nom. Le succès
de ses revues est bizarrement la source de ses problèmes.
Il a misé sur la qualité avec d’excellents dessinateurs.
Mais la qualité se paie, cher, et le succès suscite des
imitations qui bien vite saturent le marché.
Pire encore certaines
de ses pointures sont recrutées par les concurrents.
Joe Orlando passe ainsi sous pavillon DC et devient
le redac’chef des revues horrifiques du groupe.
Dans un premier temps James Warren se rabat donc sur des
dessinateurs américains de moindre envergure mais les
ventes baissent. C’est alors que le miracle arrive et comme
tous les miracles il ne prévient pas.
Nous sommes une fin d’après-midi et le patron new-yorkais
règle les détails du quotidien avant de partir en rendez vous
lorsque sa secrétaire l’interrompt. Il y a un type à la porte,
un Espagnol, qui repart le lendemain matin dans son pays.
Il a des planches de dessins à lui montrer, c’est aujourd’hui
ou jamais. Puisqu’il a une heure à perdre avant son
départ Warren accepte de rencontrer ce Josep Toutain.
L’inconnu au bataillon a fondé une agence en Catalogne qui
regroupe les meilleurs artistes du pays. Mais vu de New-York on
a déjà du mal à situer l’Espagne alors rien ne vaut
mieux qu’une preuve produit. Et c’est ce que fait Toutain.
Son agence bosse déjà pour les revues de BD britanniques
et italiennes, pourquoi pas la lointaine Amérique ?
Pour Warren c’est le choc : plus de qualité moins chère.
L’affaire est vite conclue. Creepy, Eerie et Vampirella repartent
du bon pied : le groupe est sauvé et l’aventure continue !
Mais l’éditeur est aussi un businessman. Ses journaux
sont-à l’époque, destinées au marché américain, il faut donc
garder des scénaristes américains qui connaissent
l’ambiance et la culture du pays.
Les revues gardent donc la même tonalité. Le style des dessins
néanmoins s’uniformise car il y a bien une pâte Selecciones
Ilustradas. Si l’on reconnait au premier coup d’oeil
un dessin de José Ortiz à celui d’un Esteban Maroto par
exemple, on a plus de mal à distinguer un Ramón Torrents d’un
Isidro Monés ou d’un Vicente Alcázar. On fait certes
la différence mais il demeure une unité de ton qui participe à
l’ambiance même si un Martin Salvador et dans une
moindre mesure un José Bèa sortent de ce cadre.
Petit à petit Warren ouvrira la porte aux scénaristes espagnols.
On retrouvera ainsi le nom de Josep Toutain lui même
ou par exemple d’Auraleón , l’un des plus brillants dessinateurs
de l’équipe qui pourtant ne manque pas d’épées.
Ainsi Love Strip du #47 de Vampirella d’août 1975 est
signé Gerry Boudreau et Víctor Mora au scénario et
Luis Garcia aux dessins.
En fait on l’a déjà lu dans le Pilote Mensuel #2 de juillet 1974
sous les signatures de Luis Garcia
et Carlos Gimenez aux dessins et Víctor Mora aux textes.
Presque certainement cette histoire avait dû paraitre
précédemment dans l’une des revues du groupe Toutain,
sans que j’ai pu en retrouver la trace.
Après la déconfiture de Warren aux Etats-Unis, la plupart de
ses talentueux artistes continueront dans les revues espagnoles
de Creepy et Eerie. Toutain faisant feu de tout bois voilà pourquoi
on retrouve aussi leurs noms dans diverses
revues françaises dont Ere Comprimée et pas mal de
petits formats d’Aredit, Mon Journal ou Impéria.
Il était prodigieusement doué mais n’a pas eu la reconnaissance
qu’il méritait. Né à Madrid Auraleón le 22 décembre 1939
il entre tout jeune dans la vie active. Mais la routine d’employé
de bureau ne le passionne guère, aussi
cogne-t-il à la porte de Selecciones Illustradas.
Nous sommes en 1959 et il n’a pas encore 20 ans.
Il a néanmoins un culot d’acier car c’est un pur autodidacte
et Josep Toutain, le patron de l’agence, passe pour être exigeant.
Aux vues des dessins du jeune homme il est embauché illico.
À l’époque S.I. Arts, puisque c’est ainsi qu’elle est surtout
connu dans le monde anglo-saxon, travaille beaucoup
pour la presse BD britannique, Fleetway principalement.
Celui qui s’appelle Rafael Aura León et qui signera désormais
Auraleón fait ses premières armes justement
dans des récits guerriers tels Combat, Commando, etc.
On le retrouve également
dans d’autres petits formats comme Ögan.
Il va ainsi pendant 10 ans peaufiner son style
qui reste toutefois dans le registre Toutain
avec comme influence Alberto Breccia et Sergio Toppi, deux grands
maitres du noir et blanc. C’est en 1971 que parait son premier
dessin chez Warren. Après José Ortiz et Esteban Maroto qui
contribuèrent le plus aux Creepy, Eerie et compagnie,
Auraleon et Luis Bermejo furent les autres piliers du groupe
américain quasiment jusqu’à sa déconfiture en 1983.
Entre temps l’Espagne était redevenue une démocratie
avec comme symbole la movida. Ce mouvement aussi
bien artistique que social était synonyme de fête,
de liberté de parole retrouvée et de libération des mœurs.
Cela s’est traduit par une
explosion de la presse BD adulte en Espagne avec des
titres fort différents comme El Víbora (1979-2005),
Totem (1977-1984), Cimoc (1979-1980 puis 1981-1995), etc.
Auraleon y trouve vite sa place se spécialisant en quelque sorte dans
la SF. Son dernier travail sera justement Viaje al Infierno paru dans la
version espagnole de Creepy. Nous sommes alors en 1984, date prémonitoire en quelque sorte.
La fin de Warren Publishing pour lequel il
s’était donné corps et âme, trouvant ainsi sa voie dans
l’horreur et le fantastique, doublé d’un divorce vont le faire
entrer dans un voyage sans retour.
Comme il le dira à l’un de ses amis : « Chaque chose en son temps.
Je n’ai plus envie de dessiner.
Mon esprit est à bout et je ne sais plus créer d’histoires. »
Cette dépression le conduira à se suicider le 24 juin 1993.
Il nous reste aujourd’hui plusieurs courts récits et les séries sur
lesquelles il contribua comme Pantha ou qu’il anima
comme Cassandra St Knight ou Sweetwater Nessie
pour lesquelles il fut l’unique dessinateur.
Avouez que c’est un magnifique cadeau qu’il nous a légué là.
Nous remercions Voltaire 57 pour ce magnifique album en V.O.,














Merci Voltaire 57 et M A
RépondreSupprimerMERCI !
RépondreSupprimerMuchisimas gracias!
RépondreSupprimerSuper boulot de compilation Voltaire 57. Merci également à Monsieur Augustin
RépondreSupprimerGrand, grand, grand merci!!
RépondreSupprimerMerci Voltaire 57 et M. Augustin.
RépondreSupprimerMerci V57 et M. A.
RépondreSupprimerGreat work!
RépondreSupprimerThank you so much V57 for this fantastic new series and for this well-deserved tribute to a great Spanish artist
RépondreSupprimerUne initiative louable ; j'attends avec impatience les contributions d'auteurs espagnols à Warren. Muchas gracias V57
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