Pas mal oublié de nos jours, Gérard Lauzier (1932-2008)
était finalement un moraliste.
Comme Saint-Simon qui
nous conta la vie à la cour Louis XIV, le natif de Marseille en
fait autant de la France giscardo-mitterandienne.
Cette France des années 70 n’est plus celle de De Gaulle.
De la Libération au milieu des années 60, c’est le moment
de la reconstruction donc des ingénieurs. Le pays se modernise,
les lendemains sont meilleurs mais la vie reste encore âpre. À
compter d’une date vers le milieu des années 60 que
les historiens définiront plus tard avec précision
nous sommes entrés, non plongés, dans le monde de la consommation.
C’est la période du marketing roi, celle où les pubards
deviennent les gourous de la communication et du mode de vie.
C’est un monde que Lauzier connait bien.
Cette France post-soixantehuitarde se libère des carcans de papa. La moitié
du pays croit en des lendemains qui chantent, les années 80 la feront
déchanter. L’autorité est de plus en plus contestée, c’est l’époque du retour
à la terre fantasmé, des phalanstères hippies, des hare krishna.
C’est aussi l’émergence de l’arrivisme déclaré.
Fini le temps où il fallait blanchir
sous le harnais, les places se gagnent dans un mélange de talent,
de culot et d’égotisme. C’est aussi cette période qu’on appellera parenthèse enchantée,
celle de la libération sexuelle. Grâce à la pénicilline on ne me
meurt plus des maladies vénériennes et le Sida n’existe pas.
Grâce à la pilule
les grossesses intempestives devraient être obsolètes. C’est aussi le
moment où le mouvement de libération de la femme
prend de l’ampleur et
où les minorités sexuelles revendiquent leur juste place.
C’est de tout cela dont Lauzier va se nourrir dans ses
Tranches de Vie.
On l’a taxé de réactionnaire, de cynique alors qu’il
faut surtout le voir comme
un entomologiste désespéré des humains qu’il côtoie.
Si le ton est juste il n’en est pas moins féroce.
Personne ne trouve vraiment grâce à ses yeux.
Ses patrons et dirigeants sont repoussants
de cynisme et d’égoïsme,
ses cadres sup’ sont des arrivistes honteux, souvent
lâches et obsédés par le pouvoir et le sexe.
Les artistes jouent le même jeu sous des apparences
libertaires, les jeunes post-soixantehuitards conchient
la société et la bourgeoisie
tout en en profitant et en faisant partie.
Les femmes sont belles
mais calculatrices et volages et tous les couples
sont dysfonctionnels.
Joli tableau n’est-ce pas ?
Alors le satiriste y va gaiement et tire sur tout ce qui bouge.
Il allume avec férocité et dérision la Chine maoïste (Du côté de
chez Chan) où à l’époque pour nos intellectuels comme
Philippe Sollers et tant d’autres il était de bon ton de l’admirer. Au
moment où André Glucksmann, ex-mao, dénonce
publiquement les crimes du communisme, il nous livre le
glaçant Pour quelques âmes mortes de plus,
un titre inspiré de Nicolas Gogol.
Il met en boîte le patron du PCF, Georges Marchais,
sans jamais citer son nom
(Pour un marxisme à visage hilare), dénonce le
voyeurisme journalistique prélude à la télé-réalité
(La thanatologie), les artistes
pseudo-libertaires, les féministes hystérisées
(toutes ne le sont pas), les ‘fils de’ contestataires, etc.
Comment voulez-vous qu’avec cela il n’ait pas été vilipendé
par certains
intellectuels de gauche. Qu’il ait dans le même temps
brocardé une bourgeoisie auto-satisfaite, égocentrée et hypocrite
ne compte guère. Voici ce qu’en pensait le journal Rouge :
« Il s’est taillé une réputation bien particulière : sous le titre générale
de Tranches de Vie il chronique ce qu’il estime être le petit
monde des gens de gauche. Idée de base : tout ce qui a été dit sur
la droite et la bêtise de la bourgeoisie, le ridicule et le conformisme
sont maintenant dans cette gauche qui s’apprête à accéder
aux plus hautes responsabilités. »
Ce texte se poursuit à l'intérieur de l'album
Nous remercions Voltaire 57 pour ce magnifique album.
Album nº641 réalisé par Voltaire57
Publié par Monsieur Augustin
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MERCI !
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